Occupé à préparer les prochaines tendances saisonnières qui seront publiées dans une semaine, je vous livre ici le préambule de celles du 30 septembre dernier.
Préambule : vers un hiver doux ? Oui, mais...
[...] nous avions promis notre première analyse des tendances saisonnières pour ce prochain hiver. Quelles sont-elles pour nos régions ?
Chaque année, le Met Office, l'organisme officiel anglais de météorologie, présente ses prévisions, basées sur les anomalies de SST (températures de surface des océans) de l'Atlantique Nord en fin de printemps. Sur base de la signature de ces anomalies, positives et négatives, et de leur emplacement, un modèle a été conçu permettant de prévoir l'indice NAO (North Atlantic Oscillation) de l'hiver qui suit.

Le modèle a d'abord été testé en le confrontant aux données climatologiques du passé (partie Hindcast dans le graphique), afin de voir s'il tenait la route, et, depuis 1999, il est employé pour la prédiction de cet indice NAO pour l'hiver qui nous attend (partie Forecast). On voit que les résultats sont globalement satisfaisants, mais que des "plantages" existent : le NAO de l'hiver 2000-2001 avait été prévu comme très positif, il fut finalement neutre, et, plus près de nous, la prévision de 2007-2008 avait été prévue comme neutre, et elle fut positive.
Bref, un modèle intéressant pour donner une idée globale de l'hiver qui nous attend mais encore perfectible.
Mais comment la prédiction d'un indice hivernal de la NAO peut-il nous donner une indication sur le temps de ce même hiver?
Pour le comprendre, un rappel de l'explication de la NAO s'impose : cet indice est en fait calculé par rapport à l'anomalie de pression en Islande et l'anomalie de pression aux Açores, les deux étant en règle générale inversement liés. En situation normale (neutre), une dépression existe au dessus de l'Islande et un Anticyclone aux Açores.


Si cette dépression est plus creuse que d'habitude en Islande, l'anomalie de pression est négative en Islande, et si dans le même temps l'anomalie de pression est positive aux Açores, on parlera de NAO+. Dans le cas contraire de NAO-.
Or, une situation de NAO+ va en hiver favoriser le passage des dépressions atlantiques sur nos régions, le tout sous des masses d'air d'Ouest, très douces : le temps hivernal sous NAO+ sera donc doux, venteux et humide. A contrario, une situation de NAO- va mettre notre pays dans des courants continentaux froids et souvent secs, comme le temps hivernal qu'on observera.
Bref, si le modèle du Met Office voit juste pour cette année, c'est une NAO particulièrement positive qui nous attend, à l'instar de ce qui avait été observé durant l'hiver 2007-2008 : le froid et la neige n'ont pas vraiment eu, cet hiver là, droit au chapitre.
Mais il s'agit ici d'un modèle et d'autres ne sont pas d'accord pour annoncer un hiver doux et pluvieux. Celui NWS/NCEP de la NAOO voit les trois mois d'hiver plus froids que la normale, avec un excédent pluviométrique pour l'Espagne et un déficit pour la Norvège, donc a priori une situation typique de NAO-, ce qui est en contradiction avec notre premier modèle. Par contre les modèles ECPC, IRI voient un hiver doux et pluvieux en accord avec une NAO+.
L'ENSO (El Niño South Oscillation) prévu pour cet hiver va aussi jouer un rôle. Et il a rarement été aussi indécis dans son évolution future que cette année : valeur neutre ou positive pour cet hiver ?
Or beaucoup de modèles sont basés sur lui, ce qui expliquerait qu'actuellement la tendance reste incertaine.
Un autre élément joue aussi en faveur d'un hiver froid : le cycle solaire est toujours dans son minimum, et alors qu'il devait reprendre une activité ascendante depuis un an, il n'en est rien. Comme nous l'avions montré l'année passée dans un préambule d'avant l'hiver de ces mêmes tendances saisonnières, lors de ces minima, il est courant de voir deux ou trois hivers rudes en suivant et ce tous les 23 ans en moyenne : 2009 - 1986 - 1963 - 1940 - 1917... Les anciens se souviennent des durs hivers de la seconde guerre mondiale, le terrible hiver de 1963 suivi d'un 1964 relativement froid aussi et les trois hivers du milieu des années 80 : 85, 86 et 87. A présent nous avons eu 2009, avec sa vague de froid de janvier et bientôt 2010 ?
En conclusion, si la majorité des modèles optent actuellement pour un hiver doux et pluvieux, l'incertitude reste de mise, parce que cet hiver encore, la probabilité d'avoir un hiver rude et froid n'est certainement pas nulle non plus. A revoir ces prochains mois, l'évolution de l'ENSO dans le Pacifique sera sans doute un élément déterminant sur le devenir de notre prochain hiver.
L'évolution du El Niño à court et moyen terme aura une influence sur notre hiver : on voit bien que les modèles hésitent encore entre une augmentation et un tassement, voire une diminution du phénomène...