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Brusque montée de la température en pleine nuit

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BRUSQUE MONTÉE DE LA TEMPÉRATURE EN PLEINE NUIT

 

Dans la nuit du 18 au 19 juin 2022, la station de Membach, située non loin d’Eupen, a connu une brusque montée de la température en pleine nuit. En effet, la température y est passée de 18,3°C à 1 heure du matin à 27,5°C à 2 heures du matin. Ensuite, la température s’est maintenue à un haut niveau (> 25°C) jusqu’à 4h30 environ avant de revenir, en peu de temps, à 18°C puis même à 15°C.

 

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Source : Belgische Meteo Club Belge

 

Un tel phénomène rappelle immanquablement les fameuses « heat bursts ».

 

C’est quoi, une « heat burst » ? Au départ, ce n’est autre chose qu’une rafale descendante. Les heat bursts se produisent dans les cumulonimbus à base élevée, aussi nommés altocumulonimbus (altocumulus castellanus qui s’est développé en cumulonimbus), lorsque l’averse doit traverser une couche d’air sec située plus bas et que les précipitations s’évaporent (virga).

 

Au départ, il s’agit donc d’air froid entraîné vers le bas par l’averse, devenant plus froid que l’air environnant, ce qui accélère encore sa chute. Seulement, une fois l’averse évaporée, l’air dans sa chute passe de l’adiabatique humide à l’adiabatique sèche et se réchauffe de 1°C par 100 mètres. De ce fait, l’air finit par devenir plus chaud que l’air environnant mais, par inertie, continue sa chute un certain temps encore et atteint parfois le sol. Dans ce cas, classiquement, l’air est de 7 à 8°C plus chaud que l’air environnant mais peut, dans les cas extrêmes, être plus de 10°C plus chaud.

 

La heat burst, en touchant le sol, se comporte comme n’importe quelle rafale descendante, avec de l’air qui s’étale dans tous les sens et un vent qui augmente. Sauf que, contrairement à la rafale descendante, nous n’avons pas un air frais et humide, mais un air chaud et sec.

 

Les heat bursts sont plutôt rares en Europe, mais plus fréquentes dans d’autres parties du monde, comme par exemple dans les plaines centrales des États-Unis. Dans les pays désertiques, des heat bursts « brûlantes » sont possibles lorsque des restants de zone orageuse arrivent jusque là. Toutefois il faut se méfier de certains témoignages, qui semblent être exagérés.

 

Près de nos régions, la heat burst la plus remarquable a été celle de Troyes, avec une température qui était passée de 24 à 33°C au beau milieu de la nuit du 15 au 16 juillet 2015, avant de retomber presque aussi vite.

 

Analysons à présent ce qui s’est passé à Membach (Baelen), non loin d’Eupen, en cette nuit du 18 au 19 juin 2022.

 

La nuit en question fait suite à une journée particulièrement chaude, avec des températures souvent comprises entre 32 et 35°C en plaine et entre 29 et 31°C sur les hauteurs. Dans certaines vallées (dont celle de Membach), les 35°C ont également été atteints. Le temps a été ensoleillé mais sous un ciel quelque peu délavé, lié d’une part à de minces cirrus, mais surtout à la présence de sable saharien dans l’air, témoin de ce transport d’air tropical direct.

 

En soirée et la nuit, l’air se refroidit généralement par contact avec le sol qui se refroidit, mais à quelques centaines de mètres de hauteur, la chaleur du jour se maintient plus longtemps et se fait encore sentir la nuit. La nuit du 28 au 29, une grande partie du pays est concernée par le passage d’un faible front froid, mais le sud et l’est du pays restent dans l’air chaud avec, à quelques 300 mètres au-dessus du sol, une température de 27°C. En surface, les températures sont très variables en fonction de la topographie des lieux, avec, dans la région et en milieu de nuit, une fourchette allant de 13 à 24°C en fonction de l’exposition (plateau, vallée…).

 

La station de Membach, à 252 mètres au-dessus du niveau de la mer, se trouve plutôt dans une situation de vallée, avec là une température de 18-19°C en milieu de nuit. Alors comment expliquer cette hausse de 9°C en l’espace de 40 minutes ?

 

La « heat burst » serait une première explication, mais pas mal d’arguments plaident contre une heat burst. En premier lieu, le phénomène est trop important dans la durée. La température reste élevée pendant 3 heures, ce qui est trop pour une heat burst, qui ne dure en général pas (beaucoup) plus d’une heure. D’autre part, il n’y a pas de chute significative du point de rosée (qui reste proche de 15-16°C), alors que c’est généralement le cas lors d’une heat burst. La présence d’altocumulus castellanus dans la région est par contre un argument en faveur d’une heat burst.

 

Quelles sont les autres causes possibles d’une telle montée des températures en pleine nuit ?

 

1. Le brassage de l’air

 

Par vent faible ou nul, l’air a tendance à se refroidir près du sol mais à rester bien plus chaud à quelques centaines de mètres de hauteur. L’inversion, la nuit du 18 au 19 juin, se trouvait vers les 500 mètres d’altitude, donc quelques 200-300 mètres au-dessus du sol de Membach.

 

Lorsque le vent se lève (même un petit peu), l’air chaud des couches de l’atmosphère situées juste au-dessus se mélange avec l’air froid des basses couches, et si l’inversion est marquée (ce qui est le cas), le réchauffement peut être très brusque. Il sera d’autant plus marqué qu’il y a un peu de turbulence, avec un air qui, dans la partie descendante des tourbillons, se réchauffe adiabatiquement de 1°C par 100 mètres et va donc se retrouver au sol avec une température (légèrement) supérieure à celle de la couche chaude.

 

2. Le pseudo-foehn

 

Le phénomène n’est pas très différent, sauf que le relief intervient plus directement. L’air au-dessus des plateaux est plus doux que celui des vallées. Si le vent souffle un peu, cet air va déborder des plateau et s’enfoncer dans certaines vallées en collant un certain temps aux pentes. En descendant ainsi, cet air se réchauffe, adiabatiquement aussi, de 1°C par 100 mètres. À l’heure du phénomène, la température était de 22 à 23°C sur les Hautes-Fagnes (à presque 700 mètres d’altitude) et localement de 24°C sur les plateaux un peu plus bas (500-600 mètres). Si cet air-là a réussi à se retrouver dans le fond d’une vallée à 200-300 mètres d’altitude, une température de 27-28°C est tout à fait plausible.

 

Une fois que le vent se calme, le fond de la vallée se refroidit à nouveau très vite et la température retrouve son niveau d’avant le phénomène chaud, et peut même poursuivre son refroidissement dans les heures qui suivent.

 

En tout cas, cette première analyse plaide plus en faveur de l’une des deux hypothèses décrites ci-dessus que pour celle d’une véritable heat burst.

 

 

 

 

 

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